9/23/2014

La pédagogie du "Fais ce que je dis, pas ce que je fais"

Si tu n'as pas vécu dans une grotte dernièrement, tu as très certainement entendu parler de l'agression verbale et physique dont a été victime une jeune fille récemment. La vidéo a fait le tour de la toile (discutable, mais ce qui est fait est fait).

La toile qui désormais se défoule sur l'agresseuse. Une petite mauviette sans coeur et sans couilles, certainement, qui de toute évidence ne regrette rien pour l'instant. Mais ça, quelle différence ça fait?

Alors, où s'arrête la justice? Où commence la vengeance? Quelle légitimité?

Que peut-il ressortir de toutes ces horreurs que je lis? L'incitation au suicide, le récit détaillé de toutes les atrocités que certains prétendent vouloir faire subir à cette fille (ceux-là mêmes qui n'ont pas bougé lors de l'agression, la responsabilité diluée, on en parle?)…


On n'apprend pas aux enfants à ne pas mordre en les mordant.
On n'apprend pas aux étudiants infirmiers à piquer avec des gants quand on n'en porte pas.
On n'apprend pas aux meurtriers à ne pas tuer en les condamnant à la peine de mort.

Ici, tu liras que Mamananonyme se demande très justement "Faut-il harceler les harceleurs?"


On a tous fait des trucs dont on n'est pas très fiers, même si ça ne va pas aussi loin que cette histoire. Toi, moi, les autres.


J'ai sûrement été des deux côtés de la barrière moi aussi.

Mais je me souviens surtout d'une chose. J'étais en primaire et j'étais côté victime. Longtemps. Durement.
Un jour, une des petites pestes de la troupe (parce que c'est toujours comme ça que ça se passe, un groupe qui s'attaque à une personne faible) m'a tendu un mot. Ce mot ne pouvait, à mon sens, pas être autre chose que des insultes, encore. J'ai mis le mot dans ma poche sans le lire.

J'ai attendu d'être seule, parce que je savais que j'allais pleurer.

Seule, j'ai déplié le papier, et j'ai lu, elle avait tapé le mot à la machine, j'ai eu peur (ça avait un sale côté "lettre anonyme qui dit que tu vas décéder bientôt dans d'atroces souffrances", putain c'est dur le CM1 quand même) et j'ai souri en même temps (c'est rigolo qu'elle ait écrit ça à la machine, je sais pas pourquoi).

Elle me disait que sa maman lui avait raconté une histoire qui lui était arrivée quand elle était petite, qui lui avait fait comprendre que ce qu'elles me faisaient subir était mal, injuste, cruel. Elle me disait qu'elle était désolée. DÉSOLÉE. Qu'on serait peut-être pas super copines (lucide, la petite!), mais que rien ne justifiait les brimades, et que c'était terminé, tout ça.


Effectivement, on n'a pas été super copines par la suite. Mais on s'est tolérées, la coexistence pacifique, quoi.

Les années ont passé. Il y a eu d'autres harceleurs, d'autres harcelés. Il y a eu des amis (des vrais et des faux), des ennemis (plus ou moins dangereux), mais pas d'autres petits mots.

Je l'ai encore, ce mot. Je le regarde parfois quand je me demande si le monde tourne rond, si on peut faire confiance à la justice…


J'ai raconté cette histoire à Fifils Premier. J'ai peur qu'un jour il ne se retrouve dans l'une ou l'autre des positions. Je ne peux pas forcément l'empêcher, mais je peux faire en sorte qu'il se pose des questions en toute situation.


Parfois, j'ose espérer qu'on peut tous réfléchir à ce qu'on fait et s'excuser, voire réparer, au moins un peu…


Mais une chose est sûre, "Fais ce que je dis, pas ce que je fais", c'est stérile, et c'est vraiment un principe à la con.

2 commentaires:

Chloé Namour a dit…

Bel article !

Renée a dit…

Sans connaître l'histoire de ce petit mot, je sais ce que tu as subi.
Et je peux te dire que même il y a si longtemps, je l'ai subi aussi.
Ta soeur aussi, il faut croire que c'est de famille ou alors, ils s'en prennent aux meilleurs...
C'est une horreur, mais pour nous 3, je pense que ça nous a construites différemment et nous a rendues plus fortes.
Et je sais maintenant que beaucoup d'agressifs sont des gens qui ont peur des autres.