10/13/2012

Show must go on

On a beau être déterminé, motivé, et décidé à se donner les moyens de réussir, on n'en est pas moins humain. On n'en est pas moins parent. On n'en est pas moins fatigué...

Et puis on a des moments de découragement intense. Total. Violent. Profond...

Parfois on ne s'imagine pas continuer. Parfois on ne s'imagine pas abandonner.
Justement parce que l'abandon n'est pas une option.

Pourtant le système est tel qu'à certains moments, on se demande à quel instant on s'est perdu en route. Quand est-ce que j'ai commencé à être plus étudiante que maman? Qu'épouse? A quel moment suis-je devenue la mère qui a des scrupules à quitter un cours alors que son enfant est malade?
A quel moment suis-je devenue personnellement dépendante du jugement des professionnels?

Dans ma situation, on cumule les casquettes bizarroïdes. Je suis étudiante mais j'ai presque 30 ans (fuck me, ça pique rien que de l'écrire!). Je suis étudiante mais je suis mariée et mère de famille (générique de "Mariés 2 enfants" en fond sonore). Je suis étudiante en soins infirmiers, donc études prenantes, à horaires chelous et corvéable à merci sans frais supplémentaires sur le terrain. J'ai parfois l'impression de régresser et d'avoir 15 ans face à des professionnels en poste qui ont parfois 10 ans de moins que moi. J'assume tout ça. C'est lourd, mais j'assume. C'était mon choix. C'EST mon choix.

J'ai honte d'être tentée de tout lâcher parfois.

Parce qu'à côté de ça, il y a ces moments. Ces moments en stage où tu sens que tu es utile, que tu changes quelque chose, que ce que tu fais compte. Il y a des personnes à qui tu t'attaches un peu. Tu sais que tu ne dois pas le faire mais tu ne peux pas t'en empêcher. Il y a les soignants dont tu te dis que jamais au grand jamais tu ne seras comme eux. Il y a les soignants qui t'inspirent l'envie de leur ressembler.

Et puis il y a les patients. Drôles, attachants, pénibles, forts, colériques, tristes, courageux... Ceux qui ont besoin de tout mais ne demandent rien, et inversement.
Au bout d'un moment tu as l'impression de bien les connaître parce que tu sais que Mme Bidule prend un chocolat chaud avec des biscottes au petit déjeuner et que Mr Chose préfère être assis face à la fenêtre que face à sa télévision. Ils t'étonnent parfois comme Mme Machin qui est hémiplégique mais fait sa toilette sans aucune aide merci bien, il ne manquerait plus que ça.
Il y a ceux qui vont mieux. Tu es content qu'ils rentrent chez eux et triste de ne plus les voir.
Et il y a ceux qui déclinent, ce déclin contre lequel tu ne peux rien sauf mieux installer leur oreiller.
Et il y a ceux qui foncent dans un trou noir sans même avoir eu le temps de dire ouf. Tu as plaisanté avec Mr Truc le matin et l'après-midi tu apprends qu'il s'enfonce.

Quand tu rentres à la maison, t'as du mal à fermer la porte de l'hôpital.

Ce métier, il nous colle à la peau... Parfois je me dis que j'aurais dû choisir un boulot qui reste un boulot.

Mais alors, je n'aurais jamais rencontré ces soignants formidables. Ni ceux qui me montrent le chemin à ne pas suivre. Je n'aurais jamais rencontré Mme Machin, Mr Truc ou Mme Bidule. Et si je ne les revois jamais parce qu'ils sont rentrés chez eux ou partis très loin pour de bon, c'est la vie. Certains ont laissé une larme sur ma blouse, ils laissent chacun une trace sur ma route.


Alors je continue.



8/19/2012

Sans culotte, point de salut...

Combien de temps faut-il à nos fesses pour qu'elles tombent dans le domaine public?

Réponse: le temps d'arriver à l'hôpital.

L'hôpital où l'on n'est (trop) souvent qu'un numéro, où l'on est malade en face de quelqu'un qui peut (normalement) nous soigner, où l'on est ignorant au milieu de ceux qui savent, où l'on est allongé à regarder d'en bas ceux qui, debout, connaissent notre corps mieux que nous, et pour qui l'on n'est parfois qu'une ligne dans un agenda, voire un numéro de chambre sur une liste de visites...

Et où l'on est nu sous une blouse transparente. Putain.

On écrit des chartes en veux-tu en voilà, on pond des lois à ne plus savoir qu'en faire, on prétend mettre le patient au centre des soins, et au milieu de tout ça, on le laisse les fesses à l'air devant un parterre de soignants blasés. Ce ne sont que des fesses. Ils en ont vu, ils ne regardent même plus.

C'est comme l'examen gynéco, c'est bien connu, c'est la femme qui y voit un geste sexuel. Pour la femme, c'est bien connu, le vagin-organe-sexuel est tout à fait différent du vagin-gynéco-obstétrique, limite il n'est pas au même endroit, voyons.

Je m'égare.

Je me suis déjà ici-même insurgée à plusieurs reprise contre le mépris de la pudeur et de la dignité des patients.

Je lis ces derniers temps sur la blogosphère que non seulement je ne suis pas la seule, mais en plus, d'autres ont été plus fortiches que moi et tentent de faire bouger les choses.


Tout est parti de chez Gélule.

Et maintenant, vous pouvez tous signer la pétition.

Deux petits boutons pour l'homme, un grand pas pour le monde hospitalier!

6/27/2012

ESI jusqu'au bout des gnômes!

UE intégrative 7.01 - Processus ampouliers complexes (métaphore inside) :


"Maman, j'ai une ampoule parce que ma chaussure elle frotte sur mon pied. Tu comprends, c'est comme quand on colorie trop au même endroit sur une feuille avec un feutre. Ça fait un trou."


WTF??  Les connaisseurs apprécieront!



6/24/2012

He's out of my life

Il y a une chose dont j'étais sûre et certaine à 100% dans ma vie jusqu'à il y a 3 ans.

Je savais qu'un jour, peu importe quand, sûrement pas bientôt mais dans tous les cas et no matter what, je verrais Michael Jackson en vrai de vrai.

J'ai donc un côté midinette que je cache bien et qui horripile tout le monde, moi la première. Voilà c'est dit.
Il y a eu les posters de Roch Voisine et les lettres écrites au fanclub de Richard Dean Anderson ("I love you, Mac!" fin de citation), et tout le reste... Mais je n'ai jamais été une vraie groupie. Sauf pour MJ.

La magie des notes et des sons qui sortaient de son coeur a rythmé mon enfance, puis mon adolescence, et continue d'accompagner ma vie d'adulte comme une super BO dont on ne se lasse jamais.

You are the music in me, Michael.

Je raclais mes fonds de tirelire pour acheter le magazine officiel qui coûtait la peau d'une fesse, je collectionnais religieusement les cartes collector, je découpais mon StarClub bien aimé, je vénérais (et vénère toujours) ma cousine (que j'aime et que j'adore) rien que parce qu'elle savait faire le Moonwalk, j'ai espéré apercevoir mon idole en arpentant DisneyLand et me suis gavée de Captain EO en 3D...

J'ai tant de souvenirs de, sur, et avec ses chansons, que j'ai le coeur lourd en pensant que mes enfants grandiront dans un monde où il n'est plus.

Mais rassure-toi si tu me lis, tu penses bien qu'avec une daronne comme moi, ces petits ne seront pas musicalement ignares, pas tant que JE serai de ce monde!


5/05/2012

L'impitoyable loi de l'offre et de la demande.

J'avoue. Je kiffe la VPC. Je sais, c'est naze, mais c'est comme ça.

Laissez-moi donc partager avec vous le dialogue mailesque un peu surréaliste que j'ai eu avec les 3Souisses:


Bonjour, vous allez sans doute trouver ma question étrange mais je m'interroge très sincèrement.

Pendant quelques semaines, j'ai "louché" sur une paire de chaussures sur le site. Elles étaient à 35€ (à quelques centimes près), prix de base, pas en promo ni rien (j'ai vérifié).
Aujourd'hui, envisageant de les commander, voyant une offre proposant -20% sur les chaussures, je découvre qu'elles sont "soudain" à 79,90€ !

Et là, donc je m'interroge très vivement sur l'honnêteté de ces pratiques... Pouvez-vous m'éclairer?
D'avance merci de votre réponse, je ne demande rien de particulier en retour (je n'achèterai bien évidemment pas ces chaussures, en tout cas tant qu'elles seront à ce prix!), mais j'aimerais savoir que ma question sera entendue et considérée.

Cordialement,
Michelle (cliente fidèle).

Réponse des 3Souisses (faute d'orthographe incluse):

Bonjour Madame Michelle *********

Vous souhaitez des informations sur le prix des chaussures référence 5423541.
Actuellement cet article est proposé au prix de 79,90 euros. 
Les prix sur internet sont fluctuant et s'adaptent en fonction de l'offre et la demande.

Si vous le souhaitez vous pouvez reporter votre choix sur un des nombreux articles de notre collection. 

3 Souisses vous remercie de votre confiance.


Je continue de whatthefucker:

Bonjour et merci de votre "réponse".

Je suis tout à fait au courant des mouvements de prix sur le net, ayant personnellement travaillé dans le e-commerce.
Mais je continue à m'interroger:

Dois-je donc comprendre que tout article qui se vend bien sur les 3 Souisses est susceptible de doubler de prix?

Cordialement,
Michelle.

Et là le service client porte le coup final:


Bonjour Madame Michelle *********

Vous me faites part de vos remarques concernant notre société.
Nous sommes sensibles aux réactions de notre clientèle, notre objectif étant de répondre à vos attentes.
Vos suggestions sont utiles, elles nous permettront d'améliorer la qualité de nos services.


3 Souisses vous remercie de votre confiance. 
(Sans déc.)



De toute façon, j'ai déjà bien trop de chaussures. Mais quand même.






4/22/2012

Mister N. is a son of a geek

"Allez, viens Mister N., on va à la mairie pour voter!"
"Ah ouais pfff j'ai pas très envie, t'as qu'à le faire sur l'ordinateur!"


(... Et se dire que quand il votera ça marchera sûrement comme ça...)

4/16/2012

Putain, 6 ans!

6 ans il y a 10 jours que de ma plus grande douleur naissait mon plus grand bonheur...
J'ai pleuré parfois, j'ai ri beaucoup, j'ai gueulé comme un veau régulièrement, lui aussi...
Être parent c'est des montagnes russes tous les jours, jamais deux fois le même circuit, et malgré ces 6 ans d'entraînement j'ai toujours le vertige, nos enfants ont chaque jour 24 heures de plus, et sont ni tout à fait les mêmes ni tout à fait d'autres au fil des semaines.

D'ailleurs, après moult tergiversations, Fifils Premier a enfin décidé ce qu'il voulait faire de sa Royale Existence, dans une logique qui lui est tout à fait personnelle (mais qui lui ressemble tellement):

"Moi, quand je serai grand, je vais piloter des avions, comme ça je verrai mieux les trains d'en haut!"

4/14/2012

Vis ma vie d'ESI (si t'es cap)

La chirurgie, c'est trop joli.
La chirurgie, ça change la vie.
La chirurgie, c'est fini!

Cinq douces et dures semaines de travail acharné et de kilomètres avalés, j'étais à fond dedans, cavalant entre perfusions, pansements, drains, piqûres, lits, dossiers...
J'ai appris, j'ai compris, j'ai pris des claques, j'ai pris sur moi, j'ai pris SOIN.

En gros, j'ai kiffé!

Retour à l'école, atterrissage brutal, pression, et mal aux fesses de rester assise sur une chaise...


Je ne pense pas vous avoir dit encore ici à quel point une formation de soignant est décidément tout sauf humaine. Les soignants sont parfois aussi indifférents entre eux qu'ils sont soignants avec les autres.

La formation en soins infirmiers a été complètement remodelée en 2009, avec son lot de "C'était mieux avant!" et de "T'es du nouveau référentiel? Pfff!"... La réforme a causé pas mal de pagaille dans les services à chaque arrivée de stagiaires, supprimant les théâtrales Mises en Situation Professionnelle (les inénarrables MSP...), alourdissant le bagage théorique, bref, accueil en stage parfois mitigé, des équipes qui ont PEUR de voir arriver les nouveaux diplômés tous frais de cette année (les premiers de la réforme), et ce texte.
Ce texte sur les quotas d'absence, qui fait que 80% de présence obligatoires sont nécessaires pour être présenté aux évaluations des unités d'enseignement (exemple: il y a 10 heures d'enseignement pour une matière M, si vous manquez 2 heures - c'est vite fait! - vous allez d'office au rattrapage. Parallèlement, si vous ratez 20% d'un stage, même punition: rattrapage, autrement dit stage sur juillet/août).
Et là-dessus, toutes les absence se valent, c'est-à-dire que: que vous soyez absent parce que vous êtes malade, parce que votre enfant est hospitalisé, parce que votre voiture a décidé de vous lâcher, ou parce que vous avez eu la flemme de vous lever ce matin-là et que votre chien avait mangé votre devoir, c'est kif-kif.

En bref, un virus pourri, une grève des instits, votre maison qui brûle, votre chat qui meurt (ou l'inverse), et c'est la merde pour des semaines.

Le tout, pour zéro virgule zéro euros par mois pour l'instant (et pas beaucoup plus après).

Et le pire, c'est qu'on y va, on y revient, et on en redemande. On a hâte d'être en stage, où on est l'excrément de hanneton de la hiérarchie hospitalière, corvéable à merci, mais où on peut kiffer notre race à faire un pansement bien gore, une sous-cut de rien du tout ou à enlever un drain...

Il paraît qu'on regardera ensuite derrière nous en se disant que ces années étaient fun. Alors, pour l'instant, j'ai envie de dire que j'y crois moyen.
Mais n'empêche, je ne cèderai pas ma place ;)


3/14/2012

Principalement, je fais semblant de savoir ce que je fais.

ENFIN je touche du doigt ce pour quoi j'ai initié toute cette folie: le soin.
J'ai piqué, re-piqué, dépiqué... Et piqué du nez.

Être stagiaire en quarts à 1h15 de route de chez toi, ça veut dire que quand tu es du matin, tu décolles à 5h30, tu prends ton quart à 7, tu cavales, piques, repiques, dépiques, réponds aux sonnettes, prends des constantes, panses et fais des lits jusque 14h. Route du retour. Tu poses tes miches chez toi vers 15h30, genre juste le temps de prendre un café les yeux fermés avant d'aller chercher tes gnômes à l'école.
Au bout du 3ème jour, on te demande un calcul de dose et t'es pas capable de calculer en ml/h le débit d'une perfusion de 260ml à passer en 1h30 (les intéressés comprendront!) tellement ton cerveau fait des noeuds.

Tu dois t'organiser pour être efficace et souriante, préparer tes démarches de soin, rédiger tes analyses et apprendre, ne pas oublier d'être une mère et une épouse même quand tes enfants te voient tellement souvent qu'ils sont à deux doigts de t'appeler Madame et d'appeler Papa au secours parce que "Y a une dame dans la maison!"... Ah, et aussi ne pas perdre tes cours de vue parce que les partiels arriveront très vite.

Bref, je suis ESI.

3/02/2012

J'arrêtais pas de me dire "Moi je serai pas comme ça, moi je serai pas comme ça..."

Parce qu'on ne fait jamais rien à moitié dans la famille dès lors qu'il s'agit de microbes, après 4 heures de vomissements incoercibles j'ai emmené Mister R aux Urgences cette nuit (sur les conseils du médecin régulateur du 15, tout de même).
Brouillard et arrêts-vomi inclus, on est arrivés vers 1h00.

Evidemment, avec la gastro violente qui sévit en ce moment, vous vous doutez du diagnostic. Laryngite, donc (ouais, ça m'a fait ça aussi).

Le médecin me tend une ordonnance pour des suppositoires anti-vomito, des antibios et des lavages de nez. C'est-à-dire qu'il faut que j'aille à la pharmacie de garde (techniquement il ne me faut que des suppos pour que Robin-Petit-Boudin aille mieux) maintenant tout de suite, quoi. Pour ces suppos qu'ils auraient très bien pu (et mieux fait de?) lui donner sur place. Lorsque je m'en étonne, le médecin (au demeurant gentil et pas méprisant mais bon) me dit: "Je vous donne une ordonnance, de toute façon c'est bien pour ça que vous êtes venue, pour avoir une ordonnance?!"


Je n'ai pas su lui répondre que non. Que j'étais venue inquiète trouver une solution pour soulager mon bébé. Que je me doutais que j'y allais pour rien mais que j'étais la première à me projeter, disant aux parents inquiets qu'on ne vient jamais pour rien quand on a peur. Je me disais que je ne serai pas comme ça…

J'ai dit merci et au revoir. J'ai tenu mon petit bonhomme qui se tordait au bord de l'évier. Et je suis partie avec mon ordonnance.


J'ai trouvé la pharmacie de garde dans une ruelle peu engageante et j'ai sonné. Des types bizarres passaient. Personne ne venait. Les types bizarres sont repassés. Je suis partie et rentrée bredouille…


En me disant "Je serai pas comme ça, je serai pas comme ça"... J'espère.