Le temps n'avançait pas. Les semaines, les jours, les heures se sont éternisées, jusqu'à ce moment.
Le moment où je me suis retrouvée face à ce tableau sur lequel était affichée une liste de noms, les noms des 37 nouveaux Infirmiers Diplômés d'État de mon petit IFSI de cambrousse.
Mes yeux se sont précipités sur le bas de la liste, ordre alphabétique oblige. J'ai cherché mon nom sans le voir… Et je me suis sentie précipitée dans le vide. La pièce tourne, il fait chaud.
À travers mes larmes, j'ai relevé les yeux et aperçu une autre nom, plus haut dans la liste.
MON NOM DE JEUNE FILLE, PUTAIN.
Là, j'ai pu joindre ma joie à celle de mes camarades diplômés (AKA la meilleure promo de tout l'univers)… Là, je me suis rendue compte que je retenais mon souffle depuis tellement longtemps… 3 ans, en fait.
Mes enfants chantent: "Maman est revenue, maman est revenue!" et je sais que nous allons pouvoir passer des vacances sereines, tout est terminé. Les évaluations, les stages, le statut de merde, la loose totale jour après jour, les révisions le soir et la nuit, l'hésitation devant les formulaires à remplir quand il y a une case "profession"…
Ces mots remplissent ma bouche et gonflent mon coeur de fierté quand je les prononce enfin:
Je suis INFIRMIÈRE.
Bon. Now what?
Ne vous attendez pas à ce que je fasse un couplet "C'était très dur mais je voudrais dire à toutes celles et ceux qui veulent suivre le même chemin qu'au final c'est magnifique et que tout est beau et rose sous la blouse".
Parce que je n'en suis pas (encore) là.
Parce que j'en ai GRAVE CHIÉ MA RACE et que ma famille en a payé le prix.
Parce qu'il y a des moments dans la vie qu'on ne peut pas rattraper si on les manque.
Parce que si je dis en souriant que mes enfants chantent mon retour auprès d'eux, tu te doutes de ce qu'il faut lire entre les lignes.
MAIS à côté de ça il y avait l'amour et le soin. Il y a eu Mme L (il y a eu 6 Mme L, maintenant que j'y pense!), Mr M, Mme D, Mme A, Mme P, Mr O, Mme S (il n'y en a eu qu'une)… Et tous les autres… Je me souviens de tous leurs noms.
Il y a eu les collègues en poste et les collègues de promo…
Il y a eu beaucoup de larmes, pas toujours de tristesse.
Il y a eu des sourires, des contacts, des regards…
Il y a eu des plaies, des fins de vie, des débuts de vie, des petits bobos au coeur et des gros bleus à l'âme.
NON je ne regrette pas d'avoir fait le choix de suivre la voie/voix de mon coeur.
Mais s'il fallait tout recommencer je doute que j'en serais capable.
HEUREUSEMENT, je n'ai pas à me poser la question. I survived.
Mais maintenant, je vais suivre ce bel adage, leitmotiv de tous les cordonniers les plus mal chaussés: "prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres".
Et mettre un joli caducée sur mon pare-brise parce que, je ne me lasserai jamais de le dire, JE SUIS INFIRMIÈRE!
Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants.
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8/19/2014
6/28/2014
"Il y a…" *
"Parfois on regarde les choses telles qu'elles sont en se demandant pourquoi…
Parfois on les regarde telles qu'elles pourraient être en se disant : POURQUOI PAS?"
Il y a 3 ans 1/2, je me suis dit "Pourquoi pas?" et j'ai passé ce concours…
Un de mes hémisphères cérébraux était persuadé que "ça ne mangeait pas de pain", et que je n'étais dans ce gymnase froid que pour avoir la confirmation que vouloir changer ma vie était vain.
L'autre hémisphère y croyait grave. Mais ce n'est jamais lui que j'écoute.
Pourtant, les obstacles furent franchis et les semaines, les mois, ont passé, traçant ma voie. Les évaluations, les stages, les rires et les désillusions se sont succédés.
La ligne d'arrivée de cet incroyable, passionnant et terrible marathon est en vue. Les dés sont jetés, et dans 20 jours exactement, je saurai. Les sentiments se mélangent, le temps file et se traîne à la fois, ce 18 juillet ne viendra donc jamais…
J'ai aimé, soigné, bercé, pansé, pleuré… J'ai dormi (un peu), j'ai travaillé (beaucoup), j'ai culpabilisé (tout le temps).
Je ne sais plus pourquoi j'ai fait tout ça, je ne sais même plus parfois dans toute cette confusion si je veux vraiment voir mon nom sur la liste des reçus.
J'ai arrêté d'essayer d'analyser, au fond je ne pense plus qu'à cette date, à cette heure, qui est si loin et si proche à la fois. Futurs soignants, on apprend aussi à être "patients".
Et en fait, je sais très bien ce que je veux ;)
Ce que nous voulons, moi et tous les ESI du monde entier et surtout, surtout, tous mes collègues de promo (vous déchirez mes p'tits poulets, changez rien!) : nous sommes des INFIRMIERS qui n'attendent rien plus que de voir briller I.D.E. en lettres dorées sur leur blouse.
* Pour ma version préférée de tous les temps de cette merveilleuse chanson, c'est ici
Parfois on les regarde telles qu'elles pourraient être en se disant : POURQUOI PAS?"
Il y a 3 ans 1/2, je me suis dit "Pourquoi pas?" et j'ai passé ce concours…
Un de mes hémisphères cérébraux était persuadé que "ça ne mangeait pas de pain", et que je n'étais dans ce gymnase froid que pour avoir la confirmation que vouloir changer ma vie était vain.
L'autre hémisphère y croyait grave. Mais ce n'est jamais lui que j'écoute.
Pourtant, les obstacles furent franchis et les semaines, les mois, ont passé, traçant ma voie. Les évaluations, les stages, les rires et les désillusions se sont succédés.
La ligne d'arrivée de cet incroyable, passionnant et terrible marathon est en vue. Les dés sont jetés, et dans 20 jours exactement, je saurai. Les sentiments se mélangent, le temps file et se traîne à la fois, ce 18 juillet ne viendra donc jamais…
J'ai aimé, soigné, bercé, pansé, pleuré… J'ai dormi (un peu), j'ai travaillé (beaucoup), j'ai culpabilisé (tout le temps).
Je ne sais plus pourquoi j'ai fait tout ça, je ne sais même plus parfois dans toute cette confusion si je veux vraiment voir mon nom sur la liste des reçus.
J'ai arrêté d'essayer d'analyser, au fond je ne pense plus qu'à cette date, à cette heure, qui est si loin et si proche à la fois. Futurs soignants, on apprend aussi à être "patients".
Et en fait, je sais très bien ce que je veux ;)
Ce que nous voulons, moi et tous les ESI du monde entier et surtout, surtout, tous mes collègues de promo (vous déchirez mes p'tits poulets, changez rien!) : nous sommes des INFIRMIERS qui n'attendent rien plus que de voir briller I.D.E. en lettres dorées sur leur blouse.
* Pour ma version préférée de tous les temps de cette merveilleuse chanson, c'est ici
2/27/2014
Sous la blouse… Le blues
Entendez-vous le grondement de la colère hospitalière?
Les sage-femmes se battent pour leur statut.
Les infirmiers sont en burn-out.
Les étudiants infirmiers sont pris entre les feux nourris du gouvernement et des établissements de soins privés.
Et qui paye les pots cassés? Les patients, toujours les patients. Eux qui sont nus sous la blouse.
Nous, ESI (étudiants en soins infirmiers), sommes baladés d'hôpital en clinique, d'IFSI en soins à domicile, toujours payés une cacahouète et demi (pour laquelle il faut s'incliner et dire merci, sous prétexte qu'avant, on n'avait rien), la plupart du temps traités en main d'oeuvre bon marché (ce pour quoi il faut s'incliner et dire merci, sous prétexte qu'on est censé nous apprendre à en chier), sans oublier la passion qui nous a animés au point de passer le concours et de survivre aux 3 années d'études (pour lesquelles il faut s'incliner et dire merci sous prétexte que l'enseignement est un service qu'on nous rend)…
J'aime déjà mon métier. J'oublie les soucis quand un patient me sourit. J'ai toujours la passion pour cette profession aux nombreuses contraintes, aux conditions de travail parfois inadmissibles, aux horaires de merde, au salaire de misère, et à la reconnaissance proche de zéro.
Je suis déjà pleine d'amour pour cette profession riche, passionnante, profondément HUMAINE.
Mais encore faut-il, pour l'exercer, que je puisse avoir l'occasion d'être diplômée.
Et cette occasion est remise en cause pour certains de mes collègues ESI.
Au 1er mars, la plupart des structures de soins privées refuseront d'accueillir les stagiaires infirmiers. Pourquoi? C'est pas mal résumé ici.
La conséquence directe, c'est que les places de stages infirmiers étant déjà restreintes, on se retrouve face à à peu près 22000 étudiants SSF (sans stage fixe), dont une partie en 3ème et dernière année de formation. Il faut savoir que TOUS les stages de la formation doivent être validés pour pouvoir être présenté au diplôme d'État. Donc, pour ces étudiants, c'est carrément la possibilité d'être diplômés qui est remise en cause. Avec tout ce que ça peut avoir de répercussions: diplôme retardé, donc poste retardé (certains ont déjà des promesses d'embauche!), entrée dans la vie active retardée, salaire retardé…
C'est donc officiel. Les soignants souffrent, saignent, pleurent… Dès les premières marches de leur parcours professionnel. Et là-haut, visiblement, on s'en cogne. J'espère qu'ils ouvriront les yeux et les oreilles, et qu'ils se demanderont: quels soignants veulent-ils avoir au pied de leur lit quand ils seront malades?
Je ne suis pas confrontée au problème de stage, les miens sont prévus à l'hôpital public. Mais je suis concernée, pour mes collègues, pour mon métier. Être un soignant engagé, ça commence aujourd'hui!
Et si vous voulez tester les clichés, la prochaine fois que vous verrez une soignante… Demandez-lui si elle est nue sous son blues.
Les sage-femmes se battent pour leur statut.
Les infirmiers sont en burn-out.
Les étudiants infirmiers sont pris entre les feux nourris du gouvernement et des établissements de soins privés.
Et qui paye les pots cassés? Les patients, toujours les patients. Eux qui sont nus sous la blouse.
Nous, ESI (étudiants en soins infirmiers), sommes baladés d'hôpital en clinique, d'IFSI en soins à domicile, toujours payés une cacahouète et demi (pour laquelle il faut s'incliner et dire merci, sous prétexte qu'avant, on n'avait rien), la plupart du temps traités en main d'oeuvre bon marché (ce pour quoi il faut s'incliner et dire merci, sous prétexte qu'on est censé nous apprendre à en chier), sans oublier la passion qui nous a animés au point de passer le concours et de survivre aux 3 années d'études (pour lesquelles il faut s'incliner et dire merci sous prétexte que l'enseignement est un service qu'on nous rend)…
J'aime déjà mon métier. J'oublie les soucis quand un patient me sourit. J'ai toujours la passion pour cette profession aux nombreuses contraintes, aux conditions de travail parfois inadmissibles, aux horaires de merde, au salaire de misère, et à la reconnaissance proche de zéro.
Je suis déjà pleine d'amour pour cette profession riche, passionnante, profondément HUMAINE.
Mais encore faut-il, pour l'exercer, que je puisse avoir l'occasion d'être diplômée.
Et cette occasion est remise en cause pour certains de mes collègues ESI.
Au 1er mars, la plupart des structures de soins privées refuseront d'accueillir les stagiaires infirmiers. Pourquoi? C'est pas mal résumé ici.
La conséquence directe, c'est que les places de stages infirmiers étant déjà restreintes, on se retrouve face à à peu près 22000 étudiants SSF (sans stage fixe), dont une partie en 3ème et dernière année de formation. Il faut savoir que TOUS les stages de la formation doivent être validés pour pouvoir être présenté au diplôme d'État. Donc, pour ces étudiants, c'est carrément la possibilité d'être diplômés qui est remise en cause. Avec tout ce que ça peut avoir de répercussions: diplôme retardé, donc poste retardé (certains ont déjà des promesses d'embauche!), entrée dans la vie active retardée, salaire retardé…
C'est donc officiel. Les soignants souffrent, saignent, pleurent… Dès les premières marches de leur parcours professionnel. Et là-haut, visiblement, on s'en cogne. J'espère qu'ils ouvriront les yeux et les oreilles, et qu'ils se demanderont: quels soignants veulent-ils avoir au pied de leur lit quand ils seront malades?
Je ne suis pas confrontée au problème de stage, les miens sont prévus à l'hôpital public. Mais je suis concernée, pour mes collègues, pour mon métier. Être un soignant engagé, ça commence aujourd'hui!
Et si vous voulez tester les clichés, la prochaine fois que vous verrez une soignante… Demandez-lui si elle est nue sous son blues.
Libellés :
Coups de gueule,
Maman future blouse blanche
1/01/2014
"Il n'y a qu'une chose qui puisse rendre un rêve impossible, c'est la peur d'échouer" (Paulo Coelho)
L'année est nouvelle tous les ans. Et pourtant, aucune n'est jamais identique à la précédente (heureusement).
La vie est faite de pages qui se tournent, d'années qui se succèdent, d'étapes à franchir, de choix…
J'avais quelques rêves, plus ou moins réalisables, dans la vie: devenir maman, chanter, rencontrer Bruce Willis, écrire un livre, être infirmière, pouvoir manger ET porter un 36, découvrir New York, jouer dans Friends, entre autres. Comme tu le vois, je suis une petite veinarde, j'en ai réalisé certains. J'ai renoncé à d'autres, et je ne perds pas espoir pour ceux qui restent. Je suis une incorrigible rêveuse...
Un Nouvel An après l'autre, les années ont fait de moi une New Yorkaise, une mère, une épouse, une étudiante… 2014 fera de moi (inch'Allah) une Infirmière Diplômée d'État. Enfin, putain.
Ce diplôme, je l'ai tellement rêvé, tellement voulu, tellement bûché. Je le touche du doigt… Nous le touchons du doigt. Il est encore si loin, et il est si près à la fois…
À l'origine, je doutais de réussir le concours d'entrée à l'IFSI. Et me voilà en fin de parcours. Grâce à beaucoup d'amour, de patience, de temps, de soutien et de CAFÉ.
Donc, souhaitez-nous à moi et à tous mes collègues ESI bon courage, et CE PUTAIN DE DIPLÔME EN JUILLET PARCE QU'ON L'A PAS VOLÉ !!!
Bonne année du DE mes p'tits poulets!
La vie est faite de pages qui se tournent, d'années qui se succèdent, d'étapes à franchir, de choix…
J'avais quelques rêves, plus ou moins réalisables, dans la vie: devenir maman, chanter, rencontrer Bruce Willis, écrire un livre, être infirmière, pouvoir manger ET porter un 36, découvrir New York, jouer dans Friends, entre autres. Comme tu le vois, je suis une petite veinarde, j'en ai réalisé certains. J'ai renoncé à d'autres, et je ne perds pas espoir pour ceux qui restent. Je suis une incorrigible rêveuse...
Un Nouvel An après l'autre, les années ont fait de moi une New Yorkaise, une mère, une épouse, une étudiante… 2014 fera de moi (inch'Allah) une Infirmière Diplômée d'État. Enfin, putain.
Ce diplôme, je l'ai tellement rêvé, tellement voulu, tellement bûché. Je le touche du doigt… Nous le touchons du doigt. Il est encore si loin, et il est si près à la fois…
À l'origine, je doutais de réussir le concours d'entrée à l'IFSI. Et me voilà en fin de parcours. Grâce à beaucoup d'amour, de patience, de temps, de soutien et de CAFÉ.
Donc, souhaitez-nous à moi et à tous mes collègues ESI bon courage, et CE PUTAIN DE DIPLÔME EN JUILLET PARCE QU'ON L'A PAS VOLÉ !!!
Bonne année du DE mes p'tits poulets!
(Évolution physique d'une étudiante infirmière du début à la fin de la formation)
11/17/2012
Un exorcisme, vite!
Anyway, c'est ça ou j'annule Noël.
Avant d'en arriver là, je suis à deux doigts de mettre le feu à tous les jouets qui envahissent ma maison et de fourrer la tronche du chat dans sa caisse moisie. Ou l'inverse.
Les mots en rouge dans le carnet de Fifils Premier se multiplient et je n'y réponds même plus. Les regards outrés devant les gros mots mal prononcés de Fiston Deuxième du Nom me glissent dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard.
Mais gueuler comme un veau pendant des heures pour les regarder me rire au nez ç'en est trop.
J'y pensais tout à l'heure quand j'épongeais le sol de ma salle de bains après avoir douché les gnomes. Ou était-ce après avoir nettoyé la pisse de celui qui avait trouvé bien trop conventionnel de viser la cuvette? Ah non, ça me revient, c'était juste après qu'ils aient fait un concours de crachat mais un peu avant qu'ils jouent à se jeter des DVD à la figure en sautant dans le canapé.
Le retard de révisions s'accumule et la lessive à la traîne s'entasse. Ça me fait penser que je n'ai pas nettoyé la guirlande de feutre vert qui orne la quasi-totalité de ma tapisserie à l'étage. J'ai eu le temps, pourtant, étant debout depuis la première ponte matinale de Mister R, soit sur le coup de 7h (même et surtout le week-end et jours fériés).
A la fin de la journée j'ai le cerveau trop ramolli pour y imprimer quoi que ce soit. En fait, en début de journée aussi maintenant que j'y réfléchis. Bref, je suis fatiguée.
Et adieu veaux, vaches, cochons, et autorité parentale.
Avant d'en arriver là, je suis à deux doigts de mettre le feu à tous les jouets qui envahissent ma maison et de fourrer la tronche du chat dans sa caisse moisie. Ou l'inverse.
Les mots en rouge dans le carnet de Fifils Premier se multiplient et je n'y réponds même plus. Les regards outrés devant les gros mots mal prononcés de Fiston Deuxième du Nom me glissent dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard.
Mais gueuler comme un veau pendant des heures pour les regarder me rire au nez ç'en est trop.
J'y pensais tout à l'heure quand j'épongeais le sol de ma salle de bains après avoir douché les gnomes. Ou était-ce après avoir nettoyé la pisse de celui qui avait trouvé bien trop conventionnel de viser la cuvette? Ah non, ça me revient, c'était juste après qu'ils aient fait un concours de crachat mais un peu avant qu'ils jouent à se jeter des DVD à la figure en sautant dans le canapé.
Le retard de révisions s'accumule et la lessive à la traîne s'entasse. Ça me fait penser que je n'ai pas nettoyé la guirlande de feutre vert qui orne la quasi-totalité de ma tapisserie à l'étage. J'ai eu le temps, pourtant, étant debout depuis la première ponte matinale de Mister R, soit sur le coup de 7h (même et surtout le week-end et jours fériés).
A la fin de la journée j'ai le cerveau trop ramolli pour y imprimer quoi que ce soit. En fait, en début de journée aussi maintenant que j'y réfléchis. Bref, je suis fatiguée.
Et adieu veaux, vaches, cochons, et autorité parentale.
Oh, toi, ta gueule! (RIP quand même)
10/13/2012
Show must go on
On a beau être déterminé, motivé, et décidé à se donner les moyens de réussir, on n'en est pas moins humain. On n'en est pas moins parent. On n'en est pas moins fatigué...
Et puis on a des moments de découragement intense. Total. Violent. Profond...
Parfois on ne s'imagine pas continuer. Parfois on ne s'imagine pas abandonner.
Justement parce que l'abandon n'est pas une option.
Pourtant le système est tel qu'à certains moments, on se demande à quel instant on s'est perdu en route. Quand est-ce que j'ai commencé à être plus étudiante que maman? Qu'épouse? A quel moment suis-je devenue la mère qui a des scrupules à quitter un cours alors que son enfant est malade?
A quel moment suis-je devenue personnellement dépendante du jugement des professionnels?
Dans ma situation, on cumule les casquettes bizarroïdes. Je suis étudiante mais j'ai presque 30 ans (fuck me, ça pique rien que de l'écrire!). Je suis étudiante mais je suis mariée et mère de famille (générique de "Mariés 2 enfants" en fond sonore). Je suis étudiante en soins infirmiers, donc études prenantes, à horaires chelous et corvéable à merci sans frais supplémentaires sur le terrain. J'ai parfois l'impression de régresser et d'avoir 15 ans face à des professionnels en poste qui ont parfois 10 ans de moins que moi. J'assume tout ça. C'est lourd, mais j'assume. C'était mon choix. C'EST mon choix.
J'ai honte d'être tentée de tout lâcher parfois.
Parce qu'à côté de ça, il y a ces moments. Ces moments en stage où tu sens que tu es utile, que tu changes quelque chose, que ce que tu fais compte. Il y a des personnes à qui tu t'attaches un peu. Tu sais que tu ne dois pas le faire mais tu ne peux pas t'en empêcher. Il y a les soignants dont tu te dis que jamais au grand jamais tu ne seras comme eux. Il y a les soignants qui t'inspirent l'envie de leur ressembler.
Et puis il y a les patients. Drôles, attachants, pénibles, forts, colériques, tristes, courageux... Ceux qui ont besoin de tout mais ne demandent rien, et inversement.
Au bout d'un moment tu as l'impression de bien les connaître parce que tu sais que Mme Bidule prend un chocolat chaud avec des biscottes au petit déjeuner et que Mr Chose préfère être assis face à la fenêtre que face à sa télévision. Ils t'étonnent parfois comme Mme Machin qui est hémiplégique mais fait sa toilette sans aucune aide merci bien, il ne manquerait plus que ça.
Il y a ceux qui vont mieux. Tu es content qu'ils rentrent chez eux et triste de ne plus les voir.
Et il y a ceux qui déclinent, ce déclin contre lequel tu ne peux rien sauf mieux installer leur oreiller.
Et il y a ceux qui foncent dans un trou noir sans même avoir eu le temps de dire ouf. Tu as plaisanté avec Mr Truc le matin et l'après-midi tu apprends qu'il s'enfonce.
Quand tu rentres à la maison, t'as du mal à fermer la porte de l'hôpital.
Ce métier, il nous colle à la peau... Parfois je me dis que j'aurais dû choisir un boulot qui reste un boulot.
Mais alors, je n'aurais jamais rencontré ces soignants formidables. Ni ceux qui me montrent le chemin à ne pas suivre. Je n'aurais jamais rencontré Mme Machin, Mr Truc ou Mme Bidule. Et si je ne les revois jamais parce qu'ils sont rentrés chez eux ou partis très loin pour de bon, c'est la vie. Certains ont laissé une larme sur ma blouse, ils laissent chacun une trace sur ma route.
Alors je continue.
Et puis on a des moments de découragement intense. Total. Violent. Profond...
Parfois on ne s'imagine pas continuer. Parfois on ne s'imagine pas abandonner.
Justement parce que l'abandon n'est pas une option.
Pourtant le système est tel qu'à certains moments, on se demande à quel instant on s'est perdu en route. Quand est-ce que j'ai commencé à être plus étudiante que maman? Qu'épouse? A quel moment suis-je devenue la mère qui a des scrupules à quitter un cours alors que son enfant est malade?
A quel moment suis-je devenue personnellement dépendante du jugement des professionnels?
Dans ma situation, on cumule les casquettes bizarroïdes. Je suis étudiante mais j'ai presque 30 ans (fuck me, ça pique rien que de l'écrire!). Je suis étudiante mais je suis mariée et mère de famille (générique de "Mariés 2 enfants" en fond sonore). Je suis étudiante en soins infirmiers, donc études prenantes, à horaires chelous et corvéable à merci sans frais supplémentaires sur le terrain. J'ai parfois l'impression de régresser et d'avoir 15 ans face à des professionnels en poste qui ont parfois 10 ans de moins que moi. J'assume tout ça. C'est lourd, mais j'assume. C'était mon choix. C'EST mon choix.
J'ai honte d'être tentée de tout lâcher parfois.
Parce qu'à côté de ça, il y a ces moments. Ces moments en stage où tu sens que tu es utile, que tu changes quelque chose, que ce que tu fais compte. Il y a des personnes à qui tu t'attaches un peu. Tu sais que tu ne dois pas le faire mais tu ne peux pas t'en empêcher. Il y a les soignants dont tu te dis que jamais au grand jamais tu ne seras comme eux. Il y a les soignants qui t'inspirent l'envie de leur ressembler.
Et puis il y a les patients. Drôles, attachants, pénibles, forts, colériques, tristes, courageux... Ceux qui ont besoin de tout mais ne demandent rien, et inversement.
Au bout d'un moment tu as l'impression de bien les connaître parce que tu sais que Mme Bidule prend un chocolat chaud avec des biscottes au petit déjeuner et que Mr Chose préfère être assis face à la fenêtre que face à sa télévision. Ils t'étonnent parfois comme Mme Machin qui est hémiplégique mais fait sa toilette sans aucune aide merci bien, il ne manquerait plus que ça.
Il y a ceux qui vont mieux. Tu es content qu'ils rentrent chez eux et triste de ne plus les voir.
Et il y a ceux qui déclinent, ce déclin contre lequel tu ne peux rien sauf mieux installer leur oreiller.
Et il y a ceux qui foncent dans un trou noir sans même avoir eu le temps de dire ouf. Tu as plaisanté avec Mr Truc le matin et l'après-midi tu apprends qu'il s'enfonce.
Quand tu rentres à la maison, t'as du mal à fermer la porte de l'hôpital.
Ce métier, il nous colle à la peau... Parfois je me dis que j'aurais dû choisir un boulot qui reste un boulot.
Mais alors, je n'aurais jamais rencontré ces soignants formidables. Ni ceux qui me montrent le chemin à ne pas suivre. Je n'aurais jamais rencontré Mme Machin, Mr Truc ou Mme Bidule. Et si je ne les revois jamais parce qu'ils sont rentrés chez eux ou partis très loin pour de bon, c'est la vie. Certains ont laissé une larme sur ma blouse, ils laissent chacun une trace sur ma route.
Alors je continue.
8/19/2012
Sans culotte, point de salut...
Combien de temps faut-il à nos fesses pour qu'elles tombent dans le domaine public?
Réponse: le temps d'arriver à l'hôpital.
L'hôpital où l'on n'est (trop) souvent qu'un numéro, où l'on est malade en face de quelqu'un qui peut (normalement) nous soigner, où l'on est ignorant au milieu de ceux qui savent, où l'on est allongé à regarder d'en bas ceux qui, debout, connaissent notre corps mieux que nous, et pour qui l'on n'est parfois qu'une ligne dans un agenda, voire un numéro de chambre sur une liste de visites...
Et où l'on est nu sous une blouse transparente. Putain.
On écrit des chartes en veux-tu en voilà, on pond des lois à ne plus savoir qu'en faire, on prétend mettre le patient au centre des soins, et au milieu de tout ça, on le laisse les fesses à l'air devant un parterre de soignants blasés. Ce ne sont que des fesses. Ils en ont vu, ils ne regardent même plus.
C'est comme l'examen gynéco, c'est bien connu, c'est la femme qui y voit un geste sexuel. Pour la femme, c'est bien connu, le vagin-organe-sexuel est tout à fait différent du vagin-gynéco-obstétrique, limite il n'est pas au même endroit, voyons.
Je m'égare.
Je me suis déjà ici-même insurgée à plusieurs reprise contre le mépris de la pudeur et de la dignité des patients.
Je lis ces derniers temps sur la blogosphère que non seulement je ne suis pas la seule, mais en plus, d'autres ont été plus fortiches que moi et tentent de faire bouger les choses.
Tout est parti de chez Gélule.
Et maintenant, vous pouvez tous signer la pétition.
Deux petits boutons pour l'homme, un grand pas pour le monde hospitalier!
Réponse: le temps d'arriver à l'hôpital.
L'hôpital où l'on n'est (trop) souvent qu'un numéro, où l'on est malade en face de quelqu'un qui peut (normalement) nous soigner, où l'on est ignorant au milieu de ceux qui savent, où l'on est allongé à regarder d'en bas ceux qui, debout, connaissent notre corps mieux que nous, et pour qui l'on n'est parfois qu'une ligne dans un agenda, voire un numéro de chambre sur une liste de visites...
Et où l'on est nu sous une blouse transparente. Putain.
On écrit des chartes en veux-tu en voilà, on pond des lois à ne plus savoir qu'en faire, on prétend mettre le patient au centre des soins, et au milieu de tout ça, on le laisse les fesses à l'air devant un parterre de soignants blasés. Ce ne sont que des fesses. Ils en ont vu, ils ne regardent même plus.
C'est comme l'examen gynéco, c'est bien connu, c'est la femme qui y voit un geste sexuel. Pour la femme, c'est bien connu, le vagin-organe-sexuel est tout à fait différent du vagin-gynéco-obstétrique, limite il n'est pas au même endroit, voyons.
Je m'égare.
Je me suis déjà ici-même insurgée à plusieurs reprise contre le mépris de la pudeur et de la dignité des patients.
Je lis ces derniers temps sur la blogosphère que non seulement je ne suis pas la seule, mais en plus, d'autres ont été plus fortiches que moi et tentent de faire bouger les choses.
Tout est parti de chez Gélule.
Et maintenant, vous pouvez tous signer la pétition.
Deux petits boutons pour l'homme, un grand pas pour le monde hospitalier!
Libellés :
Coups de gueule,
Maman future blouse blanche
6/27/2012
ESI jusqu'au bout des gnômes!
UE intégrative 7.01 - Processus ampouliers complexes (métaphore inside) :
"Maman, j'ai une ampoule parce que ma chaussure elle frotte sur mon pied. Tu comprends, c'est comme quand on colorie trop au même endroit sur une feuille avec un feutre. Ça fait un trou."
WTF?? Les connaisseurs apprécieront!
"Maman, j'ai une ampoule parce que ma chaussure elle frotte sur mon pied. Tu comprends, c'est comme quand on colorie trop au même endroit sur une feuille avec un feutre. Ça fait un trou."
4/14/2012
Vis ma vie d'ESI (si t'es cap)
La chirurgie, c'est trop joli.
La chirurgie, ça change la vie.
La chirurgie, c'est fini!
Cinq douces et dures semaines de travail acharné et de kilomètres avalés, j'étais à fond dedans, cavalant entre perfusions, pansements, drains, piqûres, lits, dossiers...
J'ai appris, j'ai compris, j'ai pris des claques, j'ai pris sur moi, j'ai pris SOIN.
En gros, j'ai kiffé!
Retour à l'école, atterrissage brutal, pression, et mal aux fesses de rester assise sur une chaise...
Je ne pense pas vous avoir dit encore ici à quel point une formation de soignant est décidément tout sauf humaine. Les soignants sont parfois aussi indifférents entre eux qu'ils sont soignants avec les autres.
La formation en soins infirmiers a été complètement remodelée en 2009, avec son lot de "C'était mieux avant!" et de "T'es du nouveau référentiel? Pfff!"... La réforme a causé pas mal de pagaille dans les services à chaque arrivée de stagiaires, supprimant les théâtrales Mises en Situation Professionnelle (les inénarrables MSP...), alourdissant le bagage théorique, bref, accueil en stage parfois mitigé, des équipes qui ont PEUR de voir arriver les nouveaux diplômés tous frais de cette année (les premiers de la réforme), et ce texte.
Ce texte sur les quotas d'absence, qui fait que 80% de présence obligatoires sont nécessaires pour être présenté aux évaluations des unités d'enseignement (exemple: il y a 10 heures d'enseignement pour une matière M, si vous manquez 2 heures - c'est vite fait! - vous allez d'office au rattrapage. Parallèlement, si vous ratez 20% d'un stage, même punition: rattrapage, autrement dit stage sur juillet/août).
Et là-dessus, toutes les absence se valent, c'est-à-dire que: que vous soyez absent parce que vous êtes malade, parce que votre enfant est hospitalisé, parce que votre voiture a décidé de vous lâcher, ou parce que vous avez eu la flemme de vous lever ce matin-là et que votre chien avait mangé votre devoir, c'est kif-kif.
En bref, un virus pourri, une grève des instits, votre maison qui brûle, votre chat qui meurt (ou l'inverse), et c'est la merde pour des semaines.
Le tout, pour zéro virgule zéro euros par mois pour l'instant (et pas beaucoup plus après).
Et le pire, c'est qu'on y va, on y revient, et on en redemande. On a hâte d'être en stage, où on est l'excrément de hanneton de la hiérarchie hospitalière, corvéable à merci, mais où on peut kiffer notre race à faire un pansement bien gore, une sous-cut de rien du tout ou à enlever un drain...
Il paraît qu'on regardera ensuite derrière nous en se disant que ces années étaient fun. Alors, pour l'instant, j'ai envie de dire que j'y crois moyen.
Mais n'empêche, je ne cèderai pas ma place ;)
3/14/2012
Principalement, je fais semblant de savoir ce que je fais.
ENFIN je touche du doigt ce pour quoi j'ai initié toute cette folie: le soin.
J'ai piqué, re-piqué, dépiqué... Et piqué du nez.
Être stagiaire en quarts à 1h15 de route de chez toi, ça veut dire que quand tu es du matin, tu décolles à 5h30, tu prends ton quart à 7, tu cavales, piques, repiques, dépiques, réponds aux sonnettes, prends des constantes, panses et fais des lits jusque 14h. Route du retour. Tu poses tes miches chez toi vers 15h30, genre juste le temps de prendre un café les yeux fermés avant d'aller chercher tes gnômes à l'école.
Au bout du 3ème jour, on te demande un calcul de dose et t'es pas capable de calculer en ml/h le débit d'une perfusion de 260ml à passer en 1h30 (les intéressés comprendront!) tellement ton cerveau fait des noeuds.
Tu dois t'organiser pour être efficace et souriante, préparer tes démarches de soin, rédiger tes analyses et apprendre, ne pas oublier d'être une mère et une épouse même quand tes enfants te voient tellement souvent qu'ils sont à deux doigts de t'appeler Madame et d'appeler Papa au secours parce que "Y a une dame dans la maison!"... Ah, et aussi ne pas perdre tes cours de vue parce que les partiels arriveront très vite.
Bref, je suis ESI.
3/02/2012
J'arrêtais pas de me dire "Moi je serai pas comme ça, moi je serai pas comme ça..."
Parce qu'on ne fait jamais rien à moitié dans la famille dès lors qu'il s'agit de microbes, après 4 heures de vomissements incoercibles j'ai emmené Mister R aux Urgences cette nuit (sur les conseils du médecin régulateur du 15, tout de même).
Brouillard et arrêts-vomi inclus, on est arrivés vers 1h00.
Evidemment, avec la gastro violente qui sévit en ce moment, vous vous doutez du diagnostic. Laryngite, donc (ouais, ça m'a fait ça aussi).
Le médecin me tend une ordonnance pour des suppositoires anti-vomito, des antibios et des lavages de nez. C'est-à-dire qu'il faut que j'aille à la pharmacie de garde (techniquement il ne me faut que des suppos pour que Robin-Petit-Boudin aille mieux) maintenant tout de suite, quoi. Pour ces suppos qu'ils auraient très bien pu (et mieux fait de?) lui donner sur place. Lorsque je m'en étonne, le médecin (au demeurant gentil et pas méprisant mais bon) me dit: "Je vous donne une ordonnance, de toute façon c'est bien pour ça que vous êtes venue, pour avoir une ordonnance?!"
Je n'ai pas su lui répondre que non. Que j'étais venue inquiète trouver une solution pour soulager mon bébé. Que je me doutais que j'y allais pour rien mais que j'étais la première à me projeter, disant aux parents inquiets qu'on ne vient jamais pour rien quand on a peur. Je me disais que je ne serai pas comme ça…
J'ai dit merci et au revoir. J'ai tenu mon petit bonhomme qui se tordait au bord de l'évier. Et je suis partie avec mon ordonnance.
J'ai trouvé la pharmacie de garde dans une ruelle peu engageante et j'ai sonné. Des types bizarres passaient. Personne ne venait. Les types bizarres sont repassés. Je suis partie et rentrée bredouille…
En me disant "Je serai pas comme ça, je serai pas comme ça"... J'espère.
Brouillard et arrêts-vomi inclus, on est arrivés vers 1h00.
Evidemment, avec la gastro violente qui sévit en ce moment, vous vous doutez du diagnostic. Laryngite, donc (ouais, ça m'a fait ça aussi).
Le médecin me tend une ordonnance pour des suppositoires anti-vomito, des antibios et des lavages de nez. C'est-à-dire qu'il faut que j'aille à la pharmacie de garde (techniquement il ne me faut que des suppos pour que Robin-Petit-Boudin aille mieux) maintenant tout de suite, quoi. Pour ces suppos qu'ils auraient très bien pu (et mieux fait de?) lui donner sur place. Lorsque je m'en étonne, le médecin (au demeurant gentil et pas méprisant mais bon) me dit: "Je vous donne une ordonnance, de toute façon c'est bien pour ça que vous êtes venue, pour avoir une ordonnance?!"
Je n'ai pas su lui répondre que non. Que j'étais venue inquiète trouver une solution pour soulager mon bébé. Que je me doutais que j'y allais pour rien mais que j'étais la première à me projeter, disant aux parents inquiets qu'on ne vient jamais pour rien quand on a peur. Je me disais que je ne serai pas comme ça…
J'ai dit merci et au revoir. J'ai tenu mon petit bonhomme qui se tordait au bord de l'évier. Et je suis partie avec mon ordonnance.
J'ai trouvé la pharmacie de garde dans une ruelle peu engageante et j'ai sonné. Des types bizarres passaient. Personne ne venait. Les types bizarres sont repassés. Je suis partie et rentrée bredouille…
En me disant "Je serai pas comme ça, je serai pas comme ça"... J'espère.
1/10/2012
J'ai le mal de mère...
C'est le mal qui te ronge à petit feu, quand tu retournes à la vraie vie du vraie monde et que tu abandonnes lâchement tes monstricules à l'infernal duo Nounou/école.
Le mal de mère, tu le sens quand ces petites faces d'ingrats se greffent à ta jambe quand tu les laisses et que quelques heures plus tard ils s'accrochent à celles de Nounou pour ne pas rentrer à la maison.
Le mal de mère, c'est la culpabilité. J'en frissonne. Caca boudin. Tu peux pas t'en empêcher, ça te bouffe, mais tu fonces tête baissée dedans parce que quelque part au fond, tu sais que tu as raison de te battre.
Parce que reprendre sa vie après être restée à la maison se concentrer sur ses gamins, c'est juste archi-brutal. Pire quand tu reprends tes études. 24 heures dans la journée n'y suffisent pas. Et je ne me lance même pas sur le terrain des nuits!
Toute la journée ce mal me tiraille... La logistique est compliquée et parfois vacillante, j'ai l'impression de marcher sur un fil, marcher sur des oeufs, marcher sur l'eau, marcher à contre-courant... Mais je marche!
Je cherche toujours un peu partout mon sommeil, mes neurones, mes mots, ma patience, mes clés, des baby-sitters au pied levé...
Je jongle avec les microbes, les emplois du temps de tout le monde, les pipis intempestifs, les contraintes de mon école, les contraintes de leur école...
J'aimerais pouvoir me partager entre mes cours, la maison, la famille, les potes (oui, je suis une copine en carton depuis la rentrée, je m'en excuse puissance mille)...
J'ai oublié d'envoyer mes cartes de remerciement pour le mariage (depuis juillet!), mes cartes de voeux (je laisse tomber), de payer la cantine des enfants (oups), de sortir ma lessive de la machine...
Bref. Je suis une grosse nullarde de l'organisation.
Oui, je culpabilise. Non, je ne regrette pas :)
7/01/2011
Je suis une gueudin et j'assume.
La définition de la folie, outre le fait de recommencer incessamment la même expérience en espérant obtenir un résultat différent, ça doit être ceci:
- Personne dotée d'un (petit peu de) cerveau, affublée de deux excroissances bruyantes et remuantes, accompagnée d'un conjoint qui travaille à des heures pas normales, noyée sous les préparatifs d'un mariage imminent, qui décide d'entreprendre (à son âge, vous vous rendez compte?) des études longues de trois ans, prenantes et à horaires potentiellement pourris.
Parsemez tout de même tout ça d'un peu de fierté - carrément justifiée, excusez-moi du peu - de s'être plutôt pas trop mal classée à un concours difficile. Et me voilà.
Fifils Premier chantonne à qui veut l'entendre que "Maman va retourner à l'école pour être une fermière. Elle va faire des piqûres à des enfants. Pas à moi, mais à mon petit frère si elle veut!" mais qui s'inquiète quand même un peu de savoir si "Maman sera toujours quand même ma Maman, hein?".
Fiston Deuxième du Nom va devoir, du jour au lendemain, aller à l'école, à la cantine, et chez Nounou. Pour l'instant tout ce qu'il a à répondre à mes inquiétudes, c'est "Flash McQueen! Prout!"...
J'ai peur, j'ai hâte, je vis mon rêve, je flippe, je culpabilise...
J'ai quand même une chance insolente cette semaine, les préparatifs du mariage roulent, les résultats de mon concours m'ont ouvert ma voie, Mary Poppins herself s'est posée sur mon nuage...
Vu la cagnotte, et la quantité de tu-sais-quoi essuyée par mes blanches mains au milieu de tout ça malgré tout, j'ai fait péter 3 grilles à l'Euromillions ce soir, tu penses.

6/29/2011
Femme en blanc
Dans une semaine, si vous me cherchez, je serai celle en blanc.
Dans trois ans, si vous me cherchez, je serai celle en blouse blanche.
Avanti la musica!
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